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Barry Walsh, la simplicité d'une légende
En addition à l'article de Barry Walsh paru dans le magazine Crux Automne "ROCK Issue" aux pages 34 à 39, voici des photos supplémentaires et une vidéo prise sur Youtube de son exposition de ghettoblasters!
Par Félix Faucher, Photos JF Mailhot
Tags : Boomboxes, ghettoblasters, artists, barry, Walsh, skateboarder

Barry Walsh, la simplicité d'une légende
BARRY WALSH, LA SIMPLICITÉ D'UNE LÉGENDE
Été 1993. Par un matin ensoleillé, je me rends à Montréal en autobus. C’est jour de démo et compétition au Parc Jarry. Toute la communauté du skate y est présente : Éric Mercier qui casse son board dans les pratiques, Phil Beauséjour, Bob le Chef, Raj Mehra, Stéphane Fontaine, Brown Kid ainsi qu’un skater aux grosses lunettes noires qui, à la fin de sa run de compétition, monte sur un launch ramp sans son skate et saute en bas en back flip. Plus tard dans la journée Barry (ledit skater) effectue d’énormes frontside indy straight legs sur la rampe.
Seize ans ont passé et j’entre pour la première fois chez Barry. Le loft qu’il habite oscille entre le musée et l’atelier. L’endroit est bondé par des pièces de BMX, des jouets Tonka antiques, un attirail d’objets en rapport avec le Stade olympique et ses fameux ghettoblasters.
Barry place un vinyle sur sa table tournante connectée à l’une de ses radios. Le téléviseur, le iPod, le lecteur CD, l’ordinateur, les cassettes audio : tout appareil électrique ayant la faculté d’émettre du son est connecté à l’un des ghettoblasters et c’est par les haut-parleurs de ces derniers que les ondes sonores verront le jour. Il y a même un ghettoblaster avec un petit écran de téléviseur qu’il veut connecter à un lecteur DVD : « Je vais devoir faire souder un fil, mais rien de trop compliqué ». Barry est un amateur de l’époque analogique, un gars vintage dans l’âme qui accorde généreusement temps et attention à ses passions sans se soucier de la saveur du mois. Lorsque l’on parle de son travail de DJ, il évoque le plaisir de manipuler des vinyles comme lorsqu’il fait le choix pour ses sets de reggae et de hip-hop. « Bien sûr aujourd’hui tu peux avoir n’importe quelle chanson en numérique, la télécharger et la manipuler sur des vinyles avec un logiciel qui synchronise la friction de l’aiguille sur le vinyle avec ton fichier MP3. Il reste que de faire jouer un vinyle d’origine, ça l’a une signification pour moi. Le disque d’une chanson, c’est sacré. Il y a une intimité avec la musique qui vient du fait que tu manipules l’objet qui est associé à cette époque. Ma copine a un iPod que l’on utilise parfois, mais ce n’est pas la même chose. Tu peux organiser une liste, mais tu n’écoutes plus après un certain temps; c’est comme laisser la télé allumée. Avec les vinyles, chaque demi-heure tu te lèves et tu dois penser à ce que tu as le goût d’entendre par la suite. Ça permet de mieux apprécier la musique à mon sens. Si tu écoutes tout le temps une énorme archive de MP3 qui reproduit les chansons automatiquement et sans arrêt, c’est comme si tu mangeais à un buffet quotidiennement : tu perds le plaisir de déguster un plat en particulier. »
À l’entendre parler de musique avec une telle dévotion, j’en viens presque à oublier que la personne qui se trouve devant moi est un pionnier et une légende du skate canadien, actif sur une planche depuis des lustres.
Ses débuts
« Je suis né à Verdun. C’est là que j’ai eu mon premier board, un skate banane dont je ne me servais pas beaucoup. Mon rêve était de faire la LNH, mais ma mère n’avait pas les moyens de m’équiper; elle était sur l’assistance sociale la plupart du temps. Mon père est parti lorsque j’avais 4 ans et je ne l’ai plus revu.
En 1979 je suis déménagé à Valois, dans Pointe-Claire. C’est là que j’ai découvert ce qu’était la culture du skate. Le premier board avec lequel je m’y suis mis sérieusement était un complete que j’avais trouvé dans la poubelle. Il n’avait pas d’angle à la jonction du tail. Par la suite, j’ai acheté ma première planche professionnelle. C’était dans les années 82 ou 83. Avec Marc Tison, nous avons commencé à fréquenter des compétitions tenues dans le stationnement d’un Maxi, c’est là que notre niveau de skating a commencé à évoluer, vers 85.
En 91 j’ai mis le cap pour Vancouver sur un coup de tête. J’y ai vécu pendant 9 ans afin de skater là où sont concentrés les médias et les commanditaires pour le skate (cela est dû aux hivers doux et à la proximité de la Californie). La revue Thrasher a publié en 93 ce qui fut ma première parution internationale et du coup la première photo d’un skater montréalais dans le mensuel américain. C’était un cliché pris au fameux Skate Ranch d’où les Red Dragons ont émergé (Colin McKay, Moses Itkonen et Rob Sluggo Boyce).
Je revenais en visite à Montréal assez souvent. C’est lors d’une de ces visites (en 2000) que j’ai skaté le Big-O à nouveau après plusieurs années. Je suis tombé amoureux du pipe et j’ai décidé de revenir à Montréal pour pouvoir le skater en tout temps. Il y a un aspect du pipe que j’ai appris à aimer avec l’âge : c’est une structure qui n’est pas faite pour le skate; il faut s’adapter. Je crois que Marc a le mieux défini notre motivation de skater le Big-O lorsqu’il a dit : pourquoi se baigner dans une piscine lorsque tu peux te baigner dans un lac? »
Barry est un bon raconteur. Tout ce qui l’entoure dans son loft est relié à une histoire et il se fait un plaisir de se remémorer les différents souvenirs, comme les origines de son chien Lenny : « J’étais au Carré Saint-Louis, il y a trois ans. Un squeegee au visage entièrement tatoué avait un chiot dans un carton de lait. Ça faisait déjà un bout de temps que je cherchais à adopter un chien de la SPCA, mais c’est cher. Le squeegee voulait vendre le chiot pour 50 dollars parce qu’il partait sur le pouce jusqu’à Vancouver. Je l’ai apporté chez le vétérinaire et l’on m’a dit qu’il était en parfaite santé ».
Le hip-hop
Barry évolue également dans les cultures underground du hip-hop et du reggae depuis belle lurette. « J’ai commencé à faire du break dance aux alentours de 82. J’ai toujours été très influencé par la culture hip-hop, le graffiti, le dub. En 91, j’ai même commencé à rhymer un peu. J’ai eu mon premier ghettoblaster lorsque j’étais en troisième année, depuis je les collectionne. Certains d’entre eux ont été peints par des artistes. Heavyweight a dessiné sur une de mes radios en faisant un hommage à la musique dub, puis il y a le gros ghettoblaster noir que Hest 1 de la France a peint. La façon dont les B-Boys sont habillés sur les dessins reflète la culture hip-hop française, qui a une esthétique différente de celle d’ici. Il y en a un autre qui a été peint par Chris Dyer, un ami et artiste que j’apprécie beaucoup. Il a fait cela dans le cadre d’une série de graphiques pour la compagnie de boards Creation qui mettait en vedette mes radios. »
Le reggae
Dans les années 90, Barry s’intéresse de plus en plus au reggae où il trouve une conscience et des racines auxquelles il s’identifie. En 2000, lors d’un voyage à San Diego, un ami surfeur lui fait rencontrer la légende du reggae Eek-A-Mouse. « Nous étions à Mission Beach, et mon pote, voyant que j’appréciais le disque qu’il avait apporté à la plage, m’a demandé si je voulais rencontrer l’artiste. Je croyais qu’il blaguait, car Eek-A est de la Jamaïque, mais la star du reggae s’était installée à San Diego. J’ai passé beaucoup de temps avec lui, il chantait a cappella pour moi et ma copine, c’était surréel. »
La collection reggae de Barry ne cesse de croître, grâce entre autres à un ami qui fait le voyage en Jamaïque périodiquement et qui lui rapporte toujours du nouveau matériel. DJ à ses heures depuis 2006, Barry est en train de modifier un tricycle en y ajoutant une plate-forme à l’arrière pour accommoder un boombox, sa table tournante portable et le nécessaire de disques pour un set.
Pour la suite
Les projets sur lesquels Barry travaille sont nombreux : « Nous avons fait le livre Pipe Fiends avec Marc lorsque le Big-O a été menacé de disparition. Cela nous a mis sous les feux de la rampe. Nous travaillons sur un film appelé Tunnelvision, et nous essayons aussi d’accumuler du matériel pour le prochain film de Jeremy Elkin, dans lequel notre pote Justin Gastelum a une section. Éventuellement, je veux aussi faire un livre sur mes ghettoblasters. Bien que j’aie un modèle pro avec Skull Skates, nous avons également un projet de compagnie de boards locale appelé Urban Ambush. Notre but est de présenter la culture de Montréal et le Big-O à la planète d’une façon positive.
Je continue de passer du temps avec mes amis du EMBC Mtl Crew. C’est en quelque sorte une gagne de buveurs de bière qui aiment le BMX, le graffiti et la culture hip-hop. Nous traînons ensemble depuis 1988. En parlant d’amis, un de mes bons potes de Vancouver est mort, il y a deux semaines. Donald Hartley, ou Mad Carver comme on l’appelait a été une grande influence pour moi au niveau musical, il était un connaisseur de reggae. Il est mort en faisant ce qu’il aimait : rider un bowl avec son skate. »
Barry a 38 ans et skate comme s’il en avait 18. Il ride pour Skull Skates, Circa Footwear, Sessions Clothing, Positive Creations, Dickies, Thunder Trucks et Spitfire Wheels.
Ses boomboxes ont fait l’objet d’une exposition à la galerie Off The Hook en 2007. Voici un clip tiré de Youtube :

















