
Éditorial par Max Desjardins publié dans le magazine Crux Été 2009
Max Desjardins, anciennement directeur du marketing chez O’Neill Canada, évolue présentement au sein de C4 distribution à titre de gestionnaire de marque et compte plusieurs années d’expérience dans l’industrie. Son parcours distinct lui a valu au fil des ans un bagage propre… De sa contribution avec l’agence TBWA/CHIAT DAY (agence d’Apple World) jusqu’au moment où vient le temps de s’impliquer dans la scène locale, Max semble toujours apporter un regard rafraîchissant sur l’ensemble des conventions entourant notre industrie.
Depuis un moment déjà, les grands économistes sonnent leurs cloches face à l’imminence de la plus importante crise économique jamais perçue à ce jour… Selon eux, le Canada serait présentement en récession, et ce, jusqu’à la fin 2009. Toutefois, beaucoup de données sont encore inconnues et ils prévoient une économie fragile jusqu’à la fin 2010. Ce canevas semble surtout alarmant pour nos voisins du sud qui tentent par tous les moyens de garder leurs têtes au-dessus de la flotte. Ces débordements se rendront-ils jusqu’au sommet de nos montagnes? Et quel sera le réel impact de cette crise sur notre réalité, notre industrie, nos sports?
Question de mettre la table et de satisfaire mon petit côté pragmatique, voici quelques faits qui contribueront à une meilleure compréhension de l’état actuel de la situation. Il est d’abord pertinent d’illustrer l’importance du lien commercial qui lie le Canada aux États-Unis. Année après année, un peu plus de 70 % de tous nos produits et services exportés leur sont destinés, ce qui nous rend extrêmement dépendants de leur situation financière. En exportant moins, nos entreprises canadiennes deviennent moins rentables, leurs employés subissent des coupures et forcément, le pouvoir d’achat de ceux-ci se voit dégrader à bonne cadence… Conséquemment, toute baisse de régime économique chez les Américains engendre des répercussions directes sur notre réalité locale, entre autres au niveau de l’emploi. En janvier dernier, un record de 43 ans a été battu lorsque 129 000 emplois ont été perdus sur l’ensemble du territoire. Ces conséquences se reflètent aussi dans le taux de chômage national qui s’établit maintenant à 8 %, soit le plus élevé depuis les sept dernières années. Le tourisme provenant des États-Unis lui aussi suit la cadence et dépérit continuellement depuis 1999 pour finalement régresser de 12 % en 2008. Conjointement, ces facteurs ont une énorme influence sur la santé économique locale. L’industrie du commerce de détail canadien n’y échappe pas et endosse des pertes annuelles de 6,4 % depuis l’an dernier. Le Québec semble être relativement épargné avec une décroissance de 1,7 % alors que les provinces de l’ouest (Colombie-Britannique et Alberta) semblent plus affectées avec des pertes annuelles allant jusqu’à 10 %.
Cela dit, ce survol plutôt pessimiste renferme tout de même beaucoup de positif. C’est lorsque tout suppose le pire et que l’impensable est maintenant réel que les grands moyens émergent. D’aussi loin que l’on peut se rappeler, chaque épreuve historique fut signée d’une révolution. Alors, comme toute nouvelle compréhension s’amorce d’abord dans la confusion, ce récent climat économique nous force simplement à recentrer nos priorités, à rétablir nos objectifs et à revoir nos habitudes, ce qui en soit est très positif. Je suis de ceux qui croient profondément aux bienfaits de continuellement défier son confort quotidien aux bénéfices du cheminement personnel. Cet effort conscient est souvent plus facile à dire qu’à faire; par contre, c’est lorsque confrontée à une situation de crise que l’intention se transforme en action. C’est à la sueur de notre front que nous parvenons à bâtir les outils qui nous permettent de nous adapter au contexte changeant et à l’adversité.
Conséquemment, notre très chère industrie a subi elle aussi son lot de mutations au cours des dernières années. Pour les amateurs, la passion pour le sport reste toujours en avant-plan. Toutefois, les communautés se mèchent de plus en plus dans l’aspiration d’un mode de vie commun. On ressent beaucoup moins la rivalité interdisciplinaire qui régnait autrefois. Aujourd’hui, cette passion nous offre la capacité de s’intéresser à tout ce qui y touche ce qui devient l’essence même de notre raison d’être : des sports qui carburent nos sensations à la musique qui nous remplit d’émotion, de la nature qui nous offre les plus beaux terrains de jeux aux meilleures pratiques de développement durable qui nous permettra d’en profiter plus longuement, de l’art revendicateur au design architectural équitable… Bref, nos horizons s’élargissent, nous exposant ainsi un monde de possibilités. La facilité d’accès à l’information explique en partie ce phénomène. À travers le Web et la variété de médias qui offrent leur contenu gratuitement, les consommateurs sont plus avertis que jamais et achètent de façon un peu plus responsable. Aucun détail ne nous échappe, ce qui nous rend beaucoup plus sélectifs dans le choix des relations que nous entretenons. Donc, vu la diversité grandissante de nos intérêts, les compagnies qui réussissent à afficher clairement, de façon sincère et constante, leurs positions face aux grands enjeux de l’industrie auront plus de facilité à conserver une base de clients fidèles.
La crise est aussi palpable chez les compagnies et les boutiques de l’industrie. La dynamique du contexte actuel, qui évolue à chaque instant, force ceux-ci à passer au peigne fin l’ensemble de leurs initiatives. Les compagnies offrent des cycles d’achat à intervalles plus rapprochés et plus fréquents ce qui facilite une gestion serrée des inventaires tout en augmentant la diversité des produits offerts. Ce contexte les incite à revoir également l’ensemble de leurs pratiques de commercialisation. Afin de mieux communiquer leur raison d’être, les compagnies retirent les fonds jadis investis dans les médias traditionnels pour les injecter dans de nouveaux moyens alternatifs beaucoup moins coûteux. Dans notre industrie, les médias gratuits, l’événementiel, le marketing électronique (Web 2.0, réseaux sociaux, blogues, etc.) et les relations de presse gagnent beaucoup de terrain au détriment des médias payants, la télé, de la radio et des panneaux d’affichage. On mise sur la proximité des interactions en s’assurant de faire vivre l’expérience de notre marque à son plein potentiel. Et l’expérience se communique d’abord et avant tout par les ambassadeurs de marque; ceux qui supportent et véhiculent la richesse des valeurs de la culture de chaque organisation. Malgré les resserrements budgétaires, les compagnies seront toujours engagées à s’impliquer dans les communautés qui ont le désir et l’éthique de pousser notre industrie un peu plus loin.
À la lumière de la situation, je crois qu’il n’y a vraiment pas de quoi paniquer. Nous serons certes mis au défi et nous ferons face à certaines difficultés… Cependant, nous ne pourrions en tirer de telles leçons en l’absence de crise. Alors, là où les pessimistes perçoivent une situation critique, les optimistes verront une occasion de renaissance. Tant qu’à moi, l’important est de ramener l’essence de nos actions à la base et de s’investir au maximum localement. Que ce soit les événements produits ici ou les vêtements dessinés dans notre province, c’est dans la collaboration que nous réussirons à pallier les jours plus sombres, et non dans la confrontation…